Votre question nous amène directement au mode de traitement du cancer en oncoradiologie. L’efficacité de la radiothérapie se mesure par la capacité d’administrer une forte dose de rayons à la tumeur tout en épargnant les tissus sains avoisinants. On y arrive en combinant un appareillage de haute technologie (pour définir exactement la cible et émettre les rayonnements comme tels) avec le « fractionnement ». Le fractionnement consiste à diviser la dose globale d’irradiation prévue en portions quotidiennes, qui seront données pendant quelques semaines consécutives, de façon à minimiser l’endommagement des tissus normaux, qu’il est impossible d’éviter.
Des améliorations technologiques du ciblage et de l’irradiation nous ont permis de hausser les fractions quotidiennes et donc de raccourcir la durée du traitement. Cet « hypofractionnement » sert aussi bien en traitement standard que pour des protocoles expérimentaux. À la limite, l’hypofractionnement consiste à administrer une dose de rayonnements unique mais très puissante qui fait « exciser » la tumeur comme le ferait un chirurgien. On parle alors de radiochirurgie (par opposition à radiothérapie), justement ce pour quoi le système CyberKnife a été mis au point.
Il y a deux différences majeures entre le CyberKnife et un appareil de radiothérapie ordinaire. D’abord, il est monté sur un bras robotique, de sorte qu’il se déplace dans de plus nombreux angles qu’un appareil traditionnel. Ensuite, il peut « collimater » (rétrécir) le faisceau de rayonnements beaucoup plus qu’un appareil courant. Son grand avantage est qu’il génère de très petits faisceaux pour irradier des endroits difficiles à atteindre. D’ailleurs, on l’a mis au point au départ pour aider les neurochirurgiens à traiter des tumeurs cérébrales auxquelles ils n’auraient pas eu accès autrement. Depuis, on a étendu son utilisation à d’autres sites, dont la prostate.
Le CyberKnife peut servir au traitement standard du cancer de la prostate (CP) par radiothérapie fractionnée de la glande entière, mais elle est à peine plus avantageuse que d’autres techniques de haute précision. Face au CP, le CyberKnife a un beau potentiel comme instrument de radiochirurgie, pour irradier plus vigoureusement la tumeur ou ne traiter qu’une partie de la prostate — mais cela reste encore expérimental. L’un de nos gros défis, c’est de déterminer précisément quelle partie de la glande il faudrait traiter en priorité, et tant que nous ne saurons pas le faire systématiquement, nous continuerons de traiter la glande au complet.
À l’Hôpital Notre-Dame du Centre hospitalier de l’Université de Montréal, on utilise depuis peu le premier système CyberKnife au Canada.