Le récent essai européen sur le dépistage nous éclaire à ce sujet. Au départ, l’essai reposait sur le toucher rectal (TR), l’échographie transrectale et le test de l’APS parce qu’on ignorait lequel de ces examens, ou quelle combinaison de tests, offrirait le meilleur taux de détection. Et on avait fixé à 4 ng/mL le seuil d’APS au-delà duquel on devait accentuer l’investigation. L’essai a montré que le TR influait peu sur le taux de détection et qu’à condition d’abaisser le seuil d’action de l’APS à 3 ng/mL, on pouvait simplement l’ignorer et dépister le même nombre de cancers ! En l’absence de TR, seulement 20 % des participants se sont vu prescrire une biopsie (contre 28 % de ceux qui avaient eu un TR), ce qui s’est traduit par de nombreuses biopsies non nécessaires évitées, et par un taux de détection qui a grimpé de 18 % à 24 % chez les hommes ayant subi une biopsie.
On pourrait bien sûr avancer que l’ajout du TR au seuil d’APS à 3 ng/mL accroîtrait encore plus le taux de détection, mais en fait, la hausse serait très probablement minime et elle entraînerait de nouveau une foule de biopsies négatives (et donc non nécessaires). Je crois qu’une bonne stratégie de dépistage devrait pouvoir équilibrer la détection et les désagréments de la surinvestigation chez des hommes exempts de CP.
Voit-on venir la fin du TR ? Pas encore. Le TR demeure important en cas de douleur ou de saignement rectal et il aide à déterminer la taille de la prostate en présence de symptômes bénins. Des experts en font une partie intégrante du dépistage, mais les preuves à l’appui d’une telle pratique sont assez faibles. Le TR est particulièrement inutile quand on l’utilise seul, sans test de l’APS.
Certains s’alarment à la seule idée d’être examinés. D’autres sont plus à l’aise. Quant à moi, si je peux « sauter » le TR...