Lymphœdème dû au traitement ?

EntreNous Vol.14 - No.3

Pour en venir à bout, participez activement aux soins de récupération

Le traitement du cancer de la prostate (CP) entraîne parfois un endommagement non négligeable du réseau lymphatique, le lymphœdème. Pour en minimiser les effets sur votre qualité de vie, il faut pouvoir le reconnaître, le diagnostiquer et le traiter rapidement, et surtout vous engager à fond dans le suivi quotidien.

Qu’est-ce que c’est ?

Le réseau lymphatique joue un rôle dans la circulation des fluides corporels et dans la fonction immunitaire. Lorsqu’il est bloqué ou abîmé, il se produit une accumulation de liquide dans les tissus — et donc une enflure. Les ganglions lymphatiques produisent des globules blancs qui combattent les infections; les vaisseaux lymphatiques transportent ces globules et aident les veines à drainer la lymphe, les déchets de l’activité musculaire, de grosses molécules protéiques et des substances étrangères de partout dans l’organisme. Or, l’ablation des ganglions, la prostatectomie ou la radiothérapie du bassin peuvent détériorer ce réseau. Le CP lui-même peut bloquer les vaisseaux et conduire à un lymphœdème. Le problème peut apparaître dans le bas du tronc, les organes génitaux et/ou les jambes.

Que ressent-on ?

L’enflure postopératoire se résorbe souvent spontanément. Si elle persiste, on peut soupçonner qu’il s’agit d’un lymphœdème. La partie touchée provoque inconfort, douleur et lourdeur, ou elle bouge mal (pression dans la jambe et les organes génitaux, et raideur à la cheville ou au genou). L’œdème génital se répercute sur la capacité de marcher, de se tenir assis ou d’uriner.

L’image corporelle en prend parfois un coup, comme la vie professionnelle, sociale et familiale. L’impact psychologique est aussi important que l’inconfort physique en cas d’œdème du pénis ou du scrotum. Sans parler du magasinage de souliers et de pantalons quand on a une jambe ou un pied gonflé...

Que faut-il surveiller ?

Si le traitement de votre CP s’est avéré agressant pour le réseau lymphatique ou si une légère enflure survient, prenez ces précautions :

  • Protégez les jambes et le tronc des infections, blessures et brûlures, et maintenez un poids aussi normal que possible. Le risque de lymphœdème s’accroît en présence de surpoids ou d’une infection de la peau (cellulite). Le corps réagit à une blessure par une surproduction de lymphe qu’il est difficile d’évacuer si le réseau de drainage lymphatique est mal en point. Advenant une blessure, nettoyez immédiatement la zone affectée et appliquez les premiers soins habituels.
  • Chouchoutez votre peau, car les tissus mal entretenus s’épaississent graduellement et sont plus sujets aux infections et à l’inflammation. Utilisez des lotions ou des huiles pour garder la peau propre, douce et souple (la peau sèche tend à se craqueler, créant un point d’entrée pour l’infection). Maintenez la peau entre les orteils sèche et lisse, pour éviter une infection fongique.
  • Soyez à l’affût des signes d’infection : chaleur, rougeur, enflure, sensibilité, fièvre ou frissons. La cellulite doit être traitée promptement. Si vous croyez avoir une infection, appelez sans tarder votre médecin ou un spécialiste pour obtenir les antibiotiques appropriés.
  • La thrombose veineuse profonde (TVP) représente aussi un risque après la prostatectomie. Si vous remarquez de l’enflure ou un autre symptôme de la TVP (rougeur, douleur, chaleur), il vaut mieux en parler à votre médecin.
  • Pour protéger la peau et parer aux blessures, on peut également appliquer des lotions solaires et insectifuges lors d’activités extérieures en été, éviter les températures élevées qui accroissent l’enflure (par ex. bain très chaud), porter des chaussettes et souliers confortables ainsi que des vêtements amples qui ne serrent pas la jambe ou le tronc.

Un exercice régulier, comme la marche et la nage, maintient la force et la flexibilité tout en réduisant l’enflure et la raideur associées au traitement ou au lymphœdème. Avant d’entreprendre un programme quelconque, vérifiez auprès d’un médecin ou d’un spécialiste de l’exercice s’il convient à votre santé et votre condition physique. Augmentez peu à peu l’intensité des exercices; écoutez votre corps pour prévenir l’épuisement, l’inconfort et l’œdème.

Une approche en deux temps

Il s’agit de diminuer et de contrôler l’enflure ainsi que d’assurer votre participation active à la prise en charge du problème. Les infirmières et physio-ergo-masso-thérapeutes formés en thérapie décongestive combinée (TDC) peuvent offrir une évaluation, un encadrement et un traitement comme tel, dont la compression constitue le principal volet. Si le lymphœdème est bénin, des bas de contention et des cuissards de cyclisme devraient suffire. S’il est plus prononcé, le thérapeute pourrait effectuer un massage spécial — le drainage lymphatique manuel — et probablement vous montrer comment le faire vous-même. Ce massage doux favorise la circulation de la lymphe et l’expulsion des liquides excédentaires de la partie enflée vers une région où le réseau lymphatique fonctionne bien. Le drainage peut être suivi d’une application de bandages de compression à porter jour et nuit durant la première phase, plus intense, du traitement.

À la phase d’entretien, le spécialiste en TDC vous indiquera des exercices et soins de la peau pertinents, des vêtements compressifs et divers dispositifs (suspensoir pour scrotum, vêtements de contention de nuit, etc.) utilisables à long terme ainsi que des techniques d’autodrainage, au besoin. Ensemble, vous trouverez la meilleure solution pour vous. Si vous pensez être atteint d’un lymphœdème, demandez vite une évaluation et un diagnostic, car traitement rapide signifie meilleur résultat.

À portée des doigts

Dans plusieurs provinces canadiennes, les groupes de soutien du lymphœdème offrent documentation, liens avec les thérapeutes et aide aux patients (voir l’encadré ci-dessous). Lymphovenous Canada a mis sur pied un réseau informel afin de pallier l’absence de groupes de soutien dans plusieurs régions.

Le site le plus exclusivement axé sur le lymphœdème consécutif au traitement du CP appartient à Howard Hansen, du Vermont, un homme dynamique atteint d’un CP hormono-indépendant et dont l’attitude positive face au lymphœdème et à la vie en impressionnerait plus d’un. Il est crucial de demeurer optimiste du début à la fin de « l’expérience du cancer », et il en va de même avec le lymphœdème. L’enflure et les symptômes varient selon la température, l’alimentation, l’exercice, etc.; en fait, c’est un problème personnalisé. Le défi consiste à trouver ce qui est efficace pour vous et à garder le moral — avec les encouragements de la famille, des amis et du thérapeute.

Heureusement, les ressources sont beaucoup plus abondantes aujourd’hui qu’il y a 10 ans, en grande partie grâce aux revendications des patients et des groupes de soutien.  

Pamela M. Hodgson, M. Sc., massothérapeute, est spécialiste agréée en lymphœdème et associée de recherche au Programme interdisciplinaire sur le lymphœdème du Centre universitaire de santé McGill, à Montréal (Québec).